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Pierre Ferracci : “Notoriété, tourisme et formation justifient l’investissement du Bahreïn”

Dans un entretien accordé à News Tank Football, le Président Pierre Ferracci s’est exprimé sur le partenariat avec le Bahreïn.

Le Royaume du Bahreïn, par l’intermédiaire d’un fonds souverain, va prendre 20 % du capital du Paris FC. Quelle est la signification de l’ouverture du capital à cet investisseur étranger ?

J’avais annoncé, au début de la saison dernière, une ouverture du capital qui s’est concrétisée et qui apporte des moyens nouveaux au club. L’apport du fonds bahreïni, au travers d’une augmentation du capital réservée, se double d’une opération de sponsoring qui en fait le premier partenaire du club.

Ces moyens sont aujourd’hui indispensables au Paris FC pour poursuivre ses ambitions. Il s’agit, en l’occurrence, d’achever les infrastructures d’Orly, où se trouve notre centre de formation, mais également le centre d’entraînement de nos équipes premières masculine et féminine, et également nos moyens administratifs.

Ces moyens sont aussi nécessaires pour viser, dans les trois prochaines années, une accession en Ligue 1 chez les hommes et la troisième place en D1 féminine, qualificative, dès cette année, pour la Ligue des champions.

Enfin, les moments difficiles que va vivre l’économie du football dans les prochaines années justifient pleinement le renforcement des fonds propres des clubs. Nous allons d’ailleurs continuer à les renforcer pour préparer les étapes suivantes.

Que recherche le Bahreïn avec ce partenariat ? A-t-il des ambitions semblables à celles des Émirats ou du Qatar ?

Le Bahreïn investit déjà dans le sport professionnel avec, notamment, une équipe cycliste (Bahrain-McLaren) qui participe au Tour de France depuis plusieurs années et la compétition automobile avec McLaren, associé cette année au moteur Renault en F1. Après une première incursion dans le football en Espagne avec le club de Cordoba en Troisième division, c’est son premier investissement important dans ce domaine. L’objectif du Bahreïn est d’accroître son image et sa notoriété, de promouvoir la découverte de ce petit pays et d’impulser le tourisme. Le développement de la formation des jeunes Bahreïnis dans le football, un sport qui prend de l’importance dans les pays du Golfe Persique, est également à l’ordre du jour. Ce partenariat s’inscrit également dans les relations économiques et culturelles entre la France et le Bahreïn.

Mais on n’est pas dans la même dimension que les Émirats ou le Qatar et, peut-être demain, l’Arabie Saoudite, dont certains fonds souverains cherchent, en ce moment, à acquérir un club anglais. Ni en termes de volume de ressources financières, bien plus modestes, ni en termes de contrôle, puisque le Bahreïn ne cherche pas le contrôle du club dans lequel il investit, nous ne sommes pas dans le même registre. Je crois, d’ailleurs, que le temps où des États investissaient des moyens impressionnants dans l’économie du football est sans doute derrière nous. Les Émirats et le Qatar resteront des exceptions et les incursions d’autres fonds souverains resteront plus modestes.

Comment attire-t-on un investisseur de ce type, à plus forte raison dans une position minoritaire, ce qui reste rare dans le milieu du football ?

Avec un projet convaincant, basé sur la formation qui est sans doute l’élément qui intéresse le plus les investisseurs du Bahreïn. Avec sans doute aussi la perspective d’une montée en Ligue 1 qui devient crédible et qui valorisera incontestablement l’investissement réalisé. Avec le nom de Paris qui reste très attractif, surtout dans la perspective des Jeux Olympiques, à l’horizon 2024. Et puis, nous avons compris que lorsque le Bahreïn manifestait son souhait de développer des relations de qualité en France et en Europe, le sport, et notamment le football, pouvait apporter une contribution non négligeable à cette démarche.

Quant à la position minoritaire, si elle reste rare pour des investisseurs significatifs, elle n’est pas non plus totalement absente. L’Olympique Lyonnais a montré la voie, il y a plusieurs années, avec des capitaux chinois qui accompagnent Jean-Michel Aulas et les investisseurs français. Il est clair que, pour les attirer dans cette position, la notion de rendement économique, raisonnable et sans être comparable aux objectifs de fonds spéculatifs, doit être au rendez-vous. Ce n’est certes pas la partie la plus facile, compte tenu des aléas des compétitions et des aléas économiques qui les accompagnent. Mais il faut quand même donner des perspectives économiques claires à ceux qui choisissent d’investir dans le football professionnel.

On sait que le Bahreïn, comme les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite, n’entretient pas les meilleurs rapports avec le Qatar sur le plan politique et diplomatique…

Le football et le sport en général sont des vecteurs de rapprochement et de pacification entre les peuples. Il ne faut pas tout mélanger. Il y a des capitaux américains, chinois, russes, anglais ou originaires du Golfe à l’œuvre dans le football français. Les Émirats sont déjà présents en France avec une compagnie aérienne, longtemps sponsor du Paris SG, à Lyon et, sans doute, avec l’acquisition dans les prochaines semaines d’un club français par City Groupe, qui organise les relations entre Manchester City et ses clubs partenaires.

Nous avons de bonnes relations avec le Paris Saint-Germain qui exerce ses talents sur une autre planète que celle du Paris FC et nous entendons bien les conserver, en leur souhaitant d’ailleurs le meilleur pour la compétition européenne de ce mois d’août (quart de finale de Ligue des champions contre l’Atalanta BC le 12/08/2020).

Après, vous n’empêcherez pas certaines démarches qui cherchent toujours les points de friction plutôt que les points de convergence. Il ne m’a pas échappé qu’un communicant bien connu sur la place de Paris faisait, ces derniers jours, le tour de certains quotidiens nationaux pour dire tout le mal qu’il pensait du Bahreïn. Je ne suis pas sûr, au-delà des motivations très personnelles qui l’animent, que les intérêts qu’il est censé représenter s’y retrouvent !

Faire du football une terre d’accueil des affrontements politiques ou diplomatiques n’a pas de sens, à Paris comme ailleurs. Et puis, restons modestes, il y a aujourd’hui un monde entre les deux clubs. Nous n’avons pas le statut, ni les moyens de Manchester City et nous ne les aurons jamais. Nous aspirons simplement, un jour, à offrir de vrais derbys entre deux clubs parisiens en Ligue 1, comme en D1 féminine, et nous voulons aussi, à terme, nous appuyer sur un des meilleurs centres de formation en France. Le potentiel du bassin francilien, on le sait, est extraordinaire et ce centre de formation sera la colonne vertébrale du projet du Paris FC.

Vous annoncez d’autres arrivées dans le tour de table du Paris FC en provenance de l’étranger et du territoire national. Quel est l’objectif poursuivi ?

Nous poursuivons effectivement des discussions avec plusieurs partenaires étrangers, susceptibles, au-delà des ressources financières, d’apporter d’autres dimensions utiles au club. La crise sanitaire n’a pas facilité les échanges, mais nos efforts devraient aboutir dans les prochains mois. Et, par ailleurs, dans le souci d’accroître l’identité régionale du Paris FC, nous avons commencé à solliciter des dirigeants d’entreprises franciliennes pour accompagner le projet du club.

Il faut coller à notre territoire, en s’appuyant sur l’excellence de notre centre de formation et en complétant la partition de nos partenaires historiques que sont Vinci, présent depuis de longues années, ADP et AESIO notamment. Sans oublier le soutien que nous apporte la mairie de Paris depuis de longues années et celui de la Région Ile-de-France pour notre centre de formation d’Orly.

Soyons clairs. Le projet que je conduis avec une équipe dirigeante que je tiens à saluer et qui m’accompagne depuis des années, n’a de sens que si l’identité de ce club reste très forte, se renforce même dans les années à venir. Les ouvertures internationales doivent servir à renforcer cette identité parisienne et francilienne, parce qu’il faut aujourd’hui raisonner sur le Grand Paris.

Cette identité se nourrit d’un engagement fort dans la formation, dans une ouverture des équipes premières aux jeunes Franciliennes et Franciliens, dans le tissu de relations avec les clubs amateurs de la Ligue d’Ile-de-France, dans les dimensions sociales et sociétales du projet sportif, avec, notamment, le poids important de la section féminine.

Cette identité n’est pas synonyme de repliement ni d’exclusivité par références à d’autres apports. C’est une identité moderne et ouverte sur le territoire national et international. Elle doit être suffisamment forte pour que l’attachement du Paris FC à ses racines et à son territoire ne souffre aucune ambiguïté.

Le football français attire beaucoup de capitaux étrangers et des clubs historiques sont passés sous leur contrôle. Le Paris FC a, semble-t-il, également été approché par le fonds américains RedBirds, qui vient de racheter le Toulouse FC, ou par City Group. Est-ce un signe positif ou négatif pour notre football ?

Nous ne sommes pas en Allemagne qui interdit aux capitaux étrangers un contrôle majoritaire, exercé là-bas par l’association qui accompagne les sociétés de capitaux. Cela n’empêche pas des capitaux minoritaires puissants et étrangers d’y exercer dans les faits le contrôle, en maîtrisant les associations concernées.

Il est bon qu’il puisse y avoir des clubs contrôlés par des intérêts d’autres pays, à condition que l’on ne se retrouve pas, dans quelques années, avec une majorité de clubs qui soient dans cette situation. On connaît la fragilité du football français, on voit bien qu’il subit la faible valorisation de son modèle économique. Il faut réussir à intéresser, comme c’est le cas en Allemagne qui s’est imposée des contraintes particulières, des forces économiques nationales qui accompagnent le développement du football professionnel en tant que partenaires, sponsors ou investisseurs.

C’est ce que j’essaie de faire au Paris FC. Sans renoncer, ce qui serait d’ailleurs stupide, à l’apport de ressources d’autres pays, le club s’efforcera de garder un socle dominant national et régional tout en affichant ses ambitions. Ce n’est pas une tâche facile, à Paris comme ailleurs, à Paris plus qu’ailleurs, dirai-je, et ça implique aussi que le football national poursuive sa mue et que nous y contribuions.

Concrètement, que va changer l’arrivée de ce nouvel investisseur ?

Le budget du club pour la saison 2020-21 est en progression de l’ordre de 30 %, grâce à ces ressources supplémentaires et à d’autres complémentaires dont le club s’est doté. Il poursuivra cet effort dans les années à venir. Ça rend crédible notre ambition de jouer la montée en Ligue 1 dans les trois ou quatre prochaines années. Cela rend également crédible notre ambition d’aller chercher une troisième place en D1 féminine, derrière l’Olympique Lyonnais et le Paris SG, qui sont intouchables, compte tenu de leurs budgets, mais nous sommes le club qui, en Ligue 1 ou Ligue 2, consacre la part la plus importante à la section féminine. Nous avons enregistré récemment cinq jeunes joueuses sélectionnées sur 24 dans l’équipe de France des 18 ans, ce qui témoigne aussi, dans ce domaine, de l’excellence de notre formation.

Justement les ressources nouvelles vont donner plus de moyens encore à notre centre de formation, dont les résultats sont déjà prometteurs, deux ans à peine après son agrément.

Le récent rapport EY sur le football français fait état de pertes considérables au cours de la saison écoulée, notamment en Ligue 1. Le football national peut-il se redresser ?

Les seuls chiffres fiables sont ceux de la DNCG qui a achevé, le 20/07/2020, l’audition de tous les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 et qui dispose donc d’une parfaite visibilité sur les comptes 2019-20 comme sur les budgets 2020-21.

Comme je le dis avec d’autres depuis un bon moment, je suis persuadé que la difficulté ne se trouve pas tant dans l’exercice qui vient de s’achever. Noël Le Graët (président de la FFF) a souligné l’importance des aides dont a bénéficié le football français de la part de l’État pour passer cette crise sanitaire et ses conséquences. Cette aide est sans équivalent en Europe. Vous verrez qu’elle se traduira dans les comptes 2019-20. Le plus difficile, en revanche, est à venir et il y aura une pression à la baisse sur toutes les ressources dont dispose le football, au niveau national comme au niveau européen.

Sur les droits de télévision, qui ne grimperont pas jusqu’au ciel, sur les ressources des sponsors qui vont devoir affronter leurs propres difficultés économiques, sur les transferts des joueurs dont la valeur sera revue à la baisse, sur la billetterie qui subira les suites de la crise sanitaire, sur les recettes annexes comme le merchandising…

Pour ces raisons, un renforcement des fonds propres pour surmonter les conséquences de cette crise inédite, qui remet aussi en cause les dérapages inflationnistes qui ont marqué le fort développement du football professionnel, me semble indispensable. Et on verra, au demeurant, que le fait d’avoir poursuivi ou arrêté le Championnat lors de cette saison 2019-20 n’est en aucun cas un facteur différenciant sur le plan économique.

Certains clubs, en France et en Europe, ont érigé le trading des joueurs comme élément essentiel de leur stratégie. Que pensez-vous de cette nouvelle tendance ?

C’est un phénomène qui prend de l’ampleur et dont on doit dire qu’il est géré avec plus ou moins de bonheur. Mais autant il me paraît indispensable, pour continuer à progresser, de disposer de ressources qui témoignent de la qualité des efforts de formation réalisés par les clubs, autant il faut éviter d’en faire un axe stratégique majeur. Surtout à un moment où la bulle inflationniste sur les transferts de joueurs va sans doute être mise à mal. Compte tenu de la fragilité économique du football professionnel, il est difficile de se passer des ressources procurées par les transferts de joueurs. A condition de ne pas en faire un objectif en soi et de continuer à faire progresser l’effectif sportif.

Il faudrait surtout que les instances européennes et internationales valorisent bien davantage l’effort de formation des clubs, dans le monde amateur d’abord, et dans le monde professionnel, pour que ceux qui subissent les réalités d’un marché devenu un peu anarchique s’en sortent mieux et voient leur travail mieux récompensé. Je suis convaincu que le travail de formation doit être la pierre angulaire du modèle sportif et économique de l’économie du football de demain, à condition que ce travail soit mieux protégé par les instances du football, par leurs règlements, mais aussi par la loi.

Pour conclure, quelles sont les ambitions sportives du Paris FC pour la saison 2020-21 ?

En D1 féminine, essayer de se mêler à la lutte pour la troisième place. En Ligue 2 BKT, après la saison très pénible que nous avons connue l’an dernier, l’objectif est de se réinstaller dans la première partie du tableau et de retrouver l’élan qui nous avait permis de jouer les playoffs en 2018-19. Ce Championnat reste très difficile et se remettre dans le sens de la marche, compte tenu des objectifs du club à moyen terme, est déjà un impératif.

Mais les mois qui sont devant nous doivent être également mis à profit pour réfléchir à la question du stade dans lequel évolue le Paris FC. Il y a une évidence qui s’impose : nous ne pourrons pas, si nous parvenons à accéder à la Ligue 1, y durer avec le Stade Charléty tel qu’il est aujourd’hui. Le Parc des Princes et le Stade Jean-Bouin sont durablement affectés au Paris SG et au Stade Français. Je ne vois pas d’autre solution aujourd’hui qu’un aménagement substantiel du Stade Charléty, lieu auquel, par ailleurs, le Paris FC est aujourd’hui très attaché, même si, tout au long de son histoire, il en a connu bien d’autres.

J’ai évoqué la question avec la maire de Paris (Anne Hidalgo, réélue pour six ans à la suite des élections municipales des 15/03 et 28/06/2020), il y a quelques mois : nous sommes d’accord pour réfléchir sereinement aux solutions envisageables. Ce sont des dossiers qui prennent du temps, avec de multiples parties prenantes. Autant ne pas tarder à s’engager dans la réflexion.

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